Masterclass avec Radu Mihaileanu

« Un film long où tu ne t’ennuies pas, c’est un film court, un film court où tu t’ennuies, c’est un film... long », Radu Mihaileanu.

Ce matin au Lux se tenait une rencontre organisée avec Noëlle Deschamps, créatrice d’éQuinoxe et le réalisateur, producteur et scénariste roumain Radu Mihaileanu (Va, vis et deviens, La source des femmes, L’histoire de l’amour...)

Y-a t-il une différence d’écriture entre un « film d’auteur » et un film à portée internationale ? Cette distinction est-elle en germe dès la genèse du projet ? Autour de cette double question qui ouvre la masterclass, le réalisateur né en Roumanie sous la dictature, puis émigré en Israël et en France répond que les histoires l’ont bien souvent choisi plutôt que l’inverse. Que ce soit des paradoxes historiques ou sociaux, des rencontres hors-normes ou des faits divers arrachés au réel, son mouvement puise son énergie dans la découverte et la compréhension de nouvelles subjectivités à travers les pays et les langues, à la recherche d’une possibilité de décentrer son regard et de « divorcer de lui même ».

Être scénariste c’est donc avant tout vivre, marcher et absorber les histoires des autres. S’imposant peu de contraintes à l’écriture mis à part la longueur du film en devenir et sa faisabilité, Radu Mihaileanu insiste sur l’importance du montage comme art du rythme dès la mise en place du scénario.

Se mettre à hauteur du réel (comme comprendre le vrai sens du mot tradition chez les femmes arabes et berbères dans La Source des femmes) mais aussi être capable de dépasser, d’intensifier la source documentaire pour faire parler l’imaginaire, une gageure pour le cinéaste qui avoue que dans une société fascinée par le réalisme et la sur-consommation il est parfois difficile de soutenir certains projets.

Angoissé à l’idée de gagner en savoir comme une accumulation d’espaces de confort : l’auteur précise qu’il faut toujours tout réinventer à chaque projet, sortir de soi pour mieux s’y retrouver, d’écritures en écritures jusqu’à former un portrait en creux qui nous dit que si l’on va chercher loin de soi c’est parfois pour mieux nous y voir.