Journal de bord du soldat scénariste inconnu Jour 3

Vendredi 4 avril, Jour 3

09h00 : Le blog est sur le pied de guerre, trois jours de festival ont aiguisé nos sens. Les femmes du Blog arborent fièrement des bandeaux noués serrés sur leurs fronts. Les hommes aiguisent leurs plumes sur leurs cuisses en jetant des regards mauvais. Je ne suis pas sûr que le bivouac nous accepte encore longtemps, la tension monte.

10h00 : Nous sommes tous partis en vadrouille, les escouades campent sur leur position. Pourtant je sens les volontés mollir sous le soleil de Valence qui nous réchauffe et nous caresse. Un premier sourire apparaît, un deuxième s’esquisse et bientôt les soldats de la plume redeviennent de joyeux lurons. C’est sans compter la conférence sur le rôle de l’agent qui nous replonge dans le bain ; l’agent est un soldat à part entière, nimbé d’ombre et de rumeurs, il avance dans le brouillard comme une silhouette menaçante – ou est-ce le soleil et le manque de sommeil qui me fait avoir des hallucinations ?

11h00 : Nous enchaînons avec le Studio 4.0 ; jusqu’alors je connaissais le 2 en 1, le 3 en 1, le 2.0, la version bêta 1.3 mais je ne connaissais pas le 4.0. Cela doit être vachement intense pour mériter un 4 ! Je me jette dans l’arène, c’est-à-dire dans un fauteuil et je riposte de ma plus grande puissance de feu, en bref j’écoute. Un appel à projet est lancé, « Métro, Robot, Dodo » comme une bouteille à la mer, les mercenaires se jettent dessus et l’armée régulière du Blog prend bonne note des éléments stratégiques.

13h00 : L’heure du repas et les mines sombres sont la preuve des premiers feux de la journée. Décidément le Pop-Up Cabaret est le lieu de toutes les extravagances, on met des cornichons dans les sandwichs et on a le choix entre camembert et comté ; une cantine de guerre de choix !

14h00 : J’aborde sans angoisse la présentation de Talents en Court : l’arène 6.0 du court-métrage. Les Heures Blanches de Karim Bensalah et Poussières de Daniel Metge. Les deux films sont une réussite et je plébiscite l’initiative de donner aux vieux briscards comme moi un peu de repos dans ce tourbillon scénaristique infernal.

16h00 : Je me jette alors vers l’Hôtel de France, c’est-à-dire que je fais 30 mètres sur ma gauche, pour rejoindre Marie-Servane Bargy qui m’accorde une interview pour la presse de guerre. Le soleil de Valence me ferait presque oublier la violence des combats extérieurs. On parle de l’entraînement des nouvelles recrues, de leur motivations et de leurs quelques mauvaises habitudes, de l’espoir qu’elle met en eux en tant que chef d’état-major de l’Espace Bleus. Je repars ragaillardi vers un nouvel objectif : leur premier feu, le Stand-Up – ou « Debout » littéralement en français.

17h30 : Les armes, ou les regards, sont braqués vers les Bleus qui tremblent à peine et prennent leur courage à deux mains – ou à une main pour ceux qui ont des notes. Le parcours du combattant est intense mais les jeunes scénaristes s’en sortent pour la plupart sans une égratignure. Le sourire aux lèvres, ils arborent la fierté du survivant et se disent entre eux qu’ils pourront raconter cette histoire au coin du feu à leurs petits-enfants. Brice Ormain qui assure la présentation du « Debout » - ou Stand-Up littéralement en anglais – me parle de son expérience au feu et des réflexes qui lui ont plus d’une fois sauvé la vie : crème hydratante de jour et de nuit, méthode pour remplacer l’alcool par de l’eau, d’ailleurs je bois une bonne bière fraîche. Nous traînons un peu au Pop-Up où se reposent les soldats scénaristes qui reviennent éprouvés du front.

20h00 : Benjamin Siksou a été commandité par l’état-major pour ravir les cœurs et les oreilles. La mission semble réussie et le concert est un succès. Quant à moi, je suis déjà reparti vers de nouveaux horizons – les Halles - où l’odeur d’un bon repas chaud m’a guidé. Des chanteuses jazzy dansent sur les bars et les soldats les saluent de leurs calots ; on se croirait de retour dans un bar de Saïgon !

23h00 : Nous arrivons en compagnie d’autres camarades au Bar des Arts qui accueille un cadavre exquis, drôle de jeu de mot en temps de guerre ! Sur une esplanade des soldats jouent des pièces improvisés. Je me demande alors si je ne me suis pas trompé avec le service de psychiatrie, je leur laisse une chance et rigole beaucoup tout en m’inquiétant pour la santé mentale des participants.

00h30 : Retour au bivouac dans le calme et en rang. Retraite au pas qui se fait sans désordre. Heureux retour au lit qui m’accueille les bras ouverts, cela fait plaisir, même si ce n’est qu’un lit.

SC