Journal de bord du soldat scénariste inconnu Jour 1

Mercredi 2 avril, Jour 1 : l’arrivée

9h50 : L’espace devant le panneau d’affichage est plein à craquer. On reconnaît la faune scénaristique à son allure dégingandée ; stylo derrière l’oreille, œil hagard, peau blafarde de la vie nocturne et de ne pas avoir assez mangé ces derniers jours. Leur arme, le carnet, est fourrée dans la poche arrière du pantalon, raturé sur les deux faces et dans les deux sens pour économiser du papier. Le papier ça coûte cher.

10h05 : Les camarades du blog arrivent dans une explosion. Sonia balance une grenade de bons mots pour créer une brèche dans laquelle s’engouffre le reste de l’équipe. En appuie avec leur dictaphone, Rémi et Cécile décident de faire fuir les derniers courageux en leur proposant une interview.
Enfin, surgit de la nuit, perchée sur ses fières Manolo Blahnik, Charlène assène plusieurs coups de critiques acides, de remarques cinglantes sur les financements et de soupirs qui vous disent que ce n’est pas le moment ! La faune scénaristique se bouscule, fuit en désordre, des hommes crient : « Les femmes et les scénarios d’abord ! ». Petit à petit la masse afflue dans le TGV. Les plus faibles, ceux qui n’ont pas mangé depuis plusieurs jours, se font écraser à même le sol. Les plus fous ont l’œil qui brille et hésitent à piquer un scénario tâché de sang qui convulse dans les bras d’un scénariste blessé.

11h : Tout de suite après le départ, des premiers ordinateurs allumés surgissent des pitchs rageurs qui fusent vers la voûte céleste des idées qui ne seront jamais exploitées. Sonia, Charlène et Rémi soignent avec une bonne comédie les quelques blessés qui tentent de survivre jusqu’à l’arrivée.

Après la violence, la clémence ; les happy end sont sorties pour les soins intenses, les scénarios de comédie romantique abondent pour réconforter les cœurs. D’un seul coup, Valéry brandit un scénario d’aventure : Valence, Festival de la Démence.

13h30 : Assoiffés, le ventre criant famine, les scénaristes ont pourtant surpris mes habitudes de vieux soldat. Bien en ligne, ils ont pu chacun se sustenter aux Halles, le restaurant mis à la disposition des festivaliers. Pleurs de joie, cris de félicité, le pain est bon et la viande servie copieusement ; il n’en fallait pas plus pour ravir les scénaristes dont les visages tirés rappellent encore les combats passés.

14h30 : Les « bleus » sont réunis dans le Pop-up Cabaret. Pop-up car c’est une tente montée pour l’occasion - qui aurait pu dire pop-up d’un bâtiment XVIIIe ? - cabaret parce qu’on y trouve de tout, ou que tout s’y trouve. Le briefing des bleus a été clair, détente, rencontre, ouverture vers l’inconnu sont les maîtres mots du festival. Mais attention ! Point question de harceler les producteurs, vétérans de la grande guerre du cinéma. Il faut les appâter doucement, les convaincre et les séduire à la fois. Le producteur, c’est un peu le renard du Petit Prince, il faut du temps pour l’apprivoiser mais après il sera toujours avec vous – ou vous dans son bureau.

16h : Une sacrée entrée en matière ! La compagnie du Blog du festival est plongée en plein assaut sans autre préparation. Les uns sont sur les pistes d’un jeu, ou sur le jeu de piste, les autres découvrent le CNC. Pour ma part, je me remets de mes émotions avec une délicieuse bière fraîche au Pop-up Cabaret. Rien de mieux pour reprendre des forces !

19h : Cérémonie d’ouverture ! Les cortèges défilent, les scénaristes se pressent et la presse est présente. Tout le monde est là ! Début des hostilités, ou était-ce ce matin ?

SC